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Critique de Brothers : Excessif.com

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L’HISTOIRE :

Sam et Grace forment un couple parfait et sont les parents de deux petites filles. Tommy est envoyé par l’ONU en mission à l’étranger et confie à Tommy, son frère tout juste sorti de prison, le soin de s’occuper de sa famille. Lorsque Sam est porté disparu et présumé mort, Tommy et Grace se rapprochent contre toute attente. C’est alors que Sam revient du front…

Dès la première minute du film, le ton est donné : quelques notes de guitare mélancoliques, une simple banlieue des Etats-Unis… Brothers se situe bien dans la même lignée que Brokeback Mountain : un film sur les émotions humaines, sur les drames psychologiques que subissent des êtres humains. Mais c’est aussi un film qui refuse le pathos, qui trouve son émotion dans des sentiments refoulés, mais néanmoins à fleur de peau. Un film qui trouve sa puissance dans la vérité, pas dans l’artifice.

Brothers est profondément humain. Jim Sheridan est un réalisateur qui sait capter les tourments de ses personnages et réussit à saisir parfaitement la complexité des liens familiaux les unissant. Souvenez-vous du très beau Au nom du père… Mais, si les émotions se trouvaient alors exacerbées par l’injustice s’abattant sur des personnages innocents jetés en prison, dans Brothers, la prison reste principalement mentale, moins perceptible, bien que toute aussi éprouvante. Jim Sheridan filme ses comédiens à hauteur d’homme, n’utilise que très peu de plans larges, fixant la caméra sur le visage de ses acteurs afin de capter les doutes et les blessures qu’ils cherchent à dissimuler, les protagonistes tentant constamment ici de refouler leurs sentiments, de conserver une dignité exigée par une société dure et impitoyable. Il n’y a pas de place pour la faiblesse dans ce monde là : il faut réussir, ou mourir socialement. Pas d’autres choix.

Côté scénario, le film révèle une intéressante complexité en dépassant le simple triangle amoureux. L’évolution psychologique des personnages est parfaitement maitrisée, palpable autour essentiellement de Grace (Natalie Portman), figure stable du trio, pilier de la famille. Elle est l’image de la mère tentant de contenir ses angoisses pour ne pas déstabiliser ses enfants, l’image de la femme déchirée et brisée par une solitude intolérable, mais également l’image de l’épouse dont l’amour permet de dépasser la détresse accablant l’homme qu’elle ne reconnait plus. Autour d’elle, gravitent les deux frères dont l’évolution personnelle vient heurter la puissance de Grace. Au début du film, Sam est l’homme fort et libre, tandis que Tommy sort de prison empli d’une sourde rage. Puis la situation s’inverse : Tommy, au contact de Grace entourée de ses filles trouve une paix qu’il recherchait, et profite finalement étrangement, inconsciemment d’une douloureuse réalité. Sam, lui, prisonnier de guerre, hanté, broyé par d’horribles souvenirs, se retrouve perdu au cœur d’un monde qu’il ne reconnait plus, perd les repères qui étaient les siens et sont devenus ceux de son frère, et Jim Sheridan dépeint avec une sensibilité tranchante la complexité de ces rapports par lesquels les spectateurs se laissent littéralement happés.

Au-delà de ces relations, le réalisateur ouvre son film sur la vision d’une Amérique en deuil, qui tente de pleurer ses soldats morts au combat… et d’assumer le deuil de ceux qui reviennent, physiquement vivants, mais moralement morts, ayant laissé dans la bataille une part d’eux-mêmes, leur innocence et leur joie de vivre. S’ils retrouvent leur famille, leur foyer, derrière la façade il n’y a quasiment pas de véritable retour possible après ce qu’ils ont vécu.

Avec sa mise en scène d’une touchante discrétion et un scénario reposant sur une interprétation d’une grande finesse, Brothers explose grâce à son fantastique trio d’acteurs. Ces derniers réussissent à exprimer leurs émotions tout en gardant un sourire imposé par une certaine forme de rigidité sociale. Un pari difficile, mais relevé avec brio ! Lorsque le visage de Natalie Portman s’éclaire d’un sourire, les larmes brillent dans ses yeux. Lorsque Tobey Maguire tente de reprendre pied avec la civilisation, son regard hagard et détruit se pose sur ceux qui l’entourent. Et l’attitude décontractée de Jake Gyllenhaal se trouve renversée par un simple geste, un simple coup d’œil, laissant exploser la colère qui l’habite… Au sommet de leur art, les acteurs nous offrent ici une prestation d’une subtilité, d’une vérité et d’une puissance rares dans la retenue et la sobriété, aucune note mélodramatique superflue ne venant rompre la profondeur de leur jeu.
Il faut aussi souligner la performance des deux fillettes, incroyablement vraies, notamment lors d’une scène époustouflante, sorte de guerre des nerfs entre l’une d’elle et Tobey Maguire. Jim Sheridan réussit à capter la montée progressive de la tension, et le spectateur se tend petit à petit dans son fauteuil, dans l’attente d’une explosion dont les conséquences seront, on le devine, destructrices. Si les adultes se contrôlent, les enfants laissent sortir plus facilement leur douleur et la colère. La tristesse de ces deux petites filles, ne pouvant s’enfermer dans un monde d’apparence, sont les détonateurs directs des blessures que renferment les autres personnages. Une optique intéressante apportant au film une force inattendue et bouleversante.

Peut-être peut-on juste reprocher au film d’avoir suivi le difficile parcours de Sam en Afghanistan. Le changement spatial peut effectivement bloquer l’émotion de certains spectateurs, qui se dispersent en changeant trop rapidement de perspectives. Ignorer dans un premier temps ce qu’il a vécu aurait permis d’intensifier encore plus la pression psychologique, le spectateur se trouvant du coup plongé dans une situation d’ignorance totale, la même que celle dans laquelle se retrouve les proches de Sam, et du coup de sentir pleinement leur désarroi. Un silence qui aurait également rendu plus foudroyant, plus dérangeant l’aveu désespéré de Sam.

Il ne s’agit toutefois que d’une petite réserve. Brothers est, avant tout, un grand film, humain, sensitif et émouvant. Du vrai cinéma.

Anne-Louise Echevin


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